Salut tout le monde,

Aujourd’hui, nous accueillons un auteur extérieur pour un récit tout à fait BackToTheClassique : une aventure avec un tour à bois.

Bonne lecture à vous, et merci à Victor pour sa participation à « Votre BTTC »

Pendant le weekend dernier, j’ai eu la chance de pouvoir faire un stage de TOURNAGE sur BOIS. Cela faisait longtemps que j’en avait envie. J’ai dû regarder plus de cent vidéos à ce sujet. Entre intérêt technique et fascination hypnotique devant ce morceau de bois qui tourne, tourne, tourne, et prend forme doucement sous vos yeux. J’imaginais les parfums, les copeaux, le toucher, la caresse des gouges sur le bois. Bref : j’en rêvais !

Petit flash-back –
Il y a quelques mois – Voilà t’y pas que mes beaux-parents préférés m’offrent ce beau cadeau.
Youppy ! C’est parti : Trouver un atelier, un prof., un stage. Me voilà à la recherche de la perle rare. Rare, c’est peu dire… c’est assez difficile à trouver. Il y a bien l’école Escoulen en Provence… Super mais un poil ….. lointain.

Il y a des stages officiels d’écoles Pro. Sérieux mais un poil …… scolaire. Et puis il y a ces passionnés, un peu partout en France (et au Québec), de préférence très loin de chez moi. Et puis il y a enfin l’Atelier du Pic Épeiche – de Michel GALLOU – passionné également, tourneur pro et professeur. Petit contact par mail, réponse sobre et néanmoins sympathique. Nous prenons date, et comme il expose quelques semaines plus tard à 40km de la maison, j’y vais. La rencontre est comme le mail, sobre et sympathique – mon Dieu que c’est beau ce qu’il fait ! On se détend, on parle moto (J’apprendrais plus tard que c’est un ancien champion de trial !) – je rentre à la maison bien content de ma visite – j’ai de plus en plus hâte de faire ce stage.

Retour au weekend dernier –

Aouche – réveil 6h24 un samedi matin – une semaine dans les pattes – route de nuit, sous la pluie – oulla c’est glauque…. Et puis le jour se lève enfin, arrivée au milieu d’un bois, loin de la ville, une ferme isolée, avec trois ânes, des poules, des chats, des oiseaux partout et un accueil super sympa. Petit café servi par Sylvie, hôtesse et femme du Prof. Nous découvrons les autres stagiaires. John, Gilles, Kelvine, Louis et ma pomme. A partir de maintenant le prof. c’est « Michel », et c’est « tu » pour tout le monde.

Go – nous traversons la cour pour nous rendre ENFIN (!) à l’atelier. Ça sent bon, dans tous les sens du terme.

Petit descriptif de l’endroit. Quatre tours – deux petits, et deux grands – tous différents. Nous verrons par la suite qu’il y en a un cinquième bien plus grand (industriel) dans une pièce attenante, qui sert à la reproduction des pièces en série. Une scie à bande, une scie à chantourner, une ponceuse à bande et lapidaire, un touret à meuler, un système d’aspiration, un autre de filtration de l’air, une perceuse à colonne, un pan entier de placards faits maison en OSB, un petit poêle « à bois » (tiens comme c’est bizarre), un établi au milieu et sur les murs plein de gouges de toutes sortes.

Nous commençons par apprendre la base de la base : La sécurité :

On ne met pas les doigts entre le morceau de bois et le porte outil ! (C’est mal !). On porte une visière faciale transparente (C’est mieux) et un masque respiratoire lorsqu’on ponce. On ne tombe pas sur une gouge (C’est très mal !) – Pour le reste…. Ce n’est pas très dangereux.

Ensuite, à tout Seigneur tout honneur : Le tour à bois.

Un tour à bois c’est un moteur (avec variateur de vitesse)

– Une poupée fixe (la partie qui est actionnée par le moteur et qui entraine le morceau de bois- avec une griffe par exemple)

– Un banc de fonte (Sur lequel toutes les autres parties sont fixées/fixables), de sa longueur dépendra la taille maximum de votre pièce de bois entre pointes)

– Une poupée mobile (la partie qui vient à la rencontre du morceau de bois à
l’opposé de la poupée fixe) elle glisse sur le banc de fonte.

– Et un porte outil (sorte de règle de métal que l’on place devant le morceau de bois pour y poser la gouge). C’est lui qui encaissera la force du bois lors de la coupe. Ce porte outil, lui aussi sur le banc de fonte, est réglable dans toutes les positions et hauteurs. Il sera notre ami pour manier les gouges, même cette foutue gouge à profiler que l’inexpérience agacée me fera rebaptiser plus tard.

Et puis comment ça fonctionne un tour et dans quel sens tourne-t- il ? (Et bien ça dépend ! Mais la plupart du temps dans le sens horaire vue de la poupée fixe, c’est-à- dire que le morceau de bois « roule » vers vous).

Comment accroche-t- on un morceau de bois dessus : Il y a de nombreuses façons en fait, entre pointes ou en l’air (Je ne rigole pas), à la griffe, au plateau de reprise, au mandrin type perceuse, au mandrin 4 mors de serrage, au mandrin 4 mors d’expansion (Là j’exagère c’est le même, mais comme il peut faire les deux.), …

Aller ! on y va, nous allons commencer par la plus simple accroche, entre pointes et à la griffe. Nous allons réaliser un maillet de bois à partir d’une buche. Une fois repéré le centre de chaque bout de la buche (pas droite !) – on marque la place de la griffe, on positionne la buche sur la griffe, on rapproche la poupée mobile et on la serre pile dans l’axe ! Ça y est, la buche est en place. Très buche en fait. Comment
cela va-t- il bien pouvoir devenir un maillet ?

Pour commencer il faut « cylindrer » la buche. C’est-à- dire en faire un cylindre parfait en faisant tourner (on est là pour ça n’est-ce pas ?) la buche sur le tour et en présentant une gouge à dégrossir, prudemment, sur le porte outils. Tac Tac Chlac TAC ChlAc c’est parti. Les copeaux volent, on a commencé. Pas si difficile il me semble. Chouette ! (Au fait, évitez les vêtements en laine, ça accroche le copeau. Michel me l’avait dit, mais bien sûr… j’ai oublié.)

Rapidement on obtient un beau cylindre et on se dit ! Yes ! je sais tourner. Tintin oui ! Ensu

ite il faut dresser les côtés, c’est-à-dire faire en sorte que les deux côtés de la buche (du cylindre de bois maintenant) cessent de danser de droite et de gauche
et soient parfaitement perpendiculaires au tour. Pour cela on utilise une autre sorte de gouge, le grain d’orge. Bien droit, en le retenant pour qu’il ne parte pas de biais

à l’opposé de la buche. J’ai trouvé cela plutôt facile en fait.

La matinée est terminée, je n’ai pas vu le temps passer.

Nous déjeunons tous dans la maison de Michel & Sylvie, à la même table, c’est sympa, nous réchauffons nos piqueniques, nous échangeons sur la matinée, nous interrogeons Michel sur les essences bois, les oiseaux et même les motos cross (pardon trials), et nous profitons des bons gâteaux de Sylvie. Après le café, nous ressortons vers l’atelier. John, toujours hyper correct, s’essuie consciencieusement les pieds sur le paillasson avant de sortir (Sic !).

Ça y est, j’ai un beau cylindre, bien dressé, qui tourne fluidement devant moi. Il n’y a plus qu’à prendre en main la gouge à profiler et à former le maillet. Et là… c’est le drame. Raaaaah…. Ça part bien, tranchant du dessous (toujours), lever le manche, tourner avec le corps, ouvrir la gouge (c’est-à- dire présenter le creux en l’air) ou fermer ? Je ne ..Oh Putain ça a mordu, grosse frayeur, grosse rayure hideuse sur le morceau de bois. Merde comment j’ai fait. Je recommence, crampis à mort je pousse dur, ça va, ça va, ça, ça MERDE ça coince j’ouvre, heu non je ferme, non j’ouvre RAAaaaah ça a encore mordu…. Je ne comprends rien… Oh la vache…. Sur YouTube ça à l’air tellement facile.

cherchez l’intrus

Michel vole à mon secours. « Talonne » Antoine « Talonne », et Il me montre (à l’envers en équilibre !), et ça glisse nickel bien sûr. Bon je m’y remets. Trop vite ! Trop fort. Rhaaah…. Mon maillet finira, penaud, par ressembler vaguement à un goupillon….

Gouge à profiler tu parles – Gouge à contourner mes souhaits oui !

La journée est finie. C’était super, mais je suis crevé, et pour tout avouer un peu déçu de moi et un peu vexé. Mes co-stagiaires ont fait de beaux maillets. Ils sont même drôlement doués. Je pars vers le Moulin Trubert, chambre d’hôte charmante tenue par une anglaise toute aussi charmante. Pour moi ce soir ça sera DDD : Douche – Diner – Dodo (à 21h11, Je jure que c’est vrai, je dormais). Petit matin de janvier en Beauce, bon pain, un œuf à la coque, la sacro-sainte marmelade d’orange (Anglaise oblige). Je suis frais et dispo, bien reposé.

Ce matin : Bouchons (Pas sur la route). Nous partons cette fois d’un carrelet (Un morceau de bois de section carrée) et nous devons faire un bouchon. Soit un morceau de 10mm de diamètre sur 40mm de long pour enfiler le bouchon percé, puis un épaulement pour assoir le bouchon, et enfin, ce que l’on veut comme motif décoratif. Et c’est reparti pour un dégrossissage/cylindrage. Puis dressages, puis, aïe maman j’ai peur, la gouge à profiler. Et là (C’est le drame oui !) re-morsure sauvage, ratés en tout genre, merde quoi ! Michel revient, me remontre, me réexplique et puis soudain il me dit « On dirait que tu forces ? » Ben oui je force, j’appuie, je serre fort, je pousse cette foutue gouge. (Vous avez deviné ? Y faut pas !). Changement de tactique, je prends une grande respiration, j’intériorise, je
pense « la gouge, je « suis » la gouge et là… C’est le miracle. J’ai compris. Ça marche. Faut pas forcer. C’est toi qui pilote la gouge, mais c’est le tour qui force. (J’en vois qui rigolent en se disant, ben il est pas bien malin lui ! Nous on le savait depuis le début. Ben tiens ! Gouge en main ça devient vachement moins évident croyez-moi.)

A partir de là tout devient cool, les bouchons, le champignon, le coquetier (ce qui nous permet de tester le creusage), et enfin la toupie. L’objet tout simple que je rêve de tourner depuis notre visite au parc du Bournat, dans le Périgord il y a 18 ans. Nous avions regardé travailler un tourneur qui nous avait fabriqué des toupies. Les enfants s’en souviennent encore.

Le Ponçage & les Finitions –
Fabriquer un objet au tour à bois c’est aussi le poncer. Ça le rend lisse et doux. Masque sur le nez, il faut commencer poncer sur le tour à petite vitesse (Les Canadiens disent « commencer à sabler sur le tour à basse révolution ») avec de la toile à grain 80, assez virilement, puis grain 120, 180, 240 etc en fonction de votre souhait. Il est aussi possible de profiter de cette phase pour texturer l’objet (Voir sur le bouchon large) ou bien de graver des lignes par le feu avec un fil de fer (voir le goupillon).

Viennent ensuite les finitions, qui sont comme une révélation du bois, le moment ou toutes les veines magnifiques apparaissent. Comme lorsqu’on développait une photo dont l’image apparaissait petit à petit sur le papier. (Là je parle pour les vieux qui ont connus les chambres noires – pas pour les jeunes qui numérisent depuis tout petit). On peut utiliser de la cire, du vernis, des couleurs comme le brou de noix, et des huiles alimentaires comme le mélange Huile de tournesol / Cire d’abeille que Michel nous a proposé pour les coquetiers. C’est alors le moment où vous admirez votre objet, votre travail, en vous disant (soyons honnête) « Pas mal non ? »

L’Aiguisage –
Impossible de tourner sur bois sans aiguiser. Du bon

aiguisage des gouges dépendra la beauté de votre objet, et surtout le plaisir de le faire. Il faut une meule avec une pierre blanche ou rose (c’est un code de référence), un dresse-meule diamanté pour redresser la meule de temps en temps, un guide de réglage pour obtenir exactement le bon angle en fonction de la gouge, et beaucoup beaucoup de précision. Sinon, ce n’est pas très long.

Deux mot sur le bois –
Je n’ai pas parlé beaucoup des essences de bois, pourtant sujet majeur. Nous avons tourné du Frêne, du Chêne, du Buis, de l’If, et de l’Alizier. Tous de la forêt environnante. Nous avons tourné du bois sec. Il est possible de tourner du bois vert. Les objets seront souvent fins et se déformeront au séchage. Ça peut être très joli aussi. Enfin nous avons tourné essentiellement du bois de fil, un peu de bois de bout (en bout de grain comme disent nos cousins canadiens), et Gilles a tourné du bois de travers. Tout cela dépend du sens du fil du bois par rapport à votre attaque. Les gouges et les gestes sont différents selon le sens du bois. Les destinations aussi sont différentes. On fera une assiette en bois de travers, on creusera un coquetier en bois de bout, et on fera un bouchon (ou un maillet ;o) ) en bois de fil.

Voilà c’est fini. Je repars la tête pleine d’envies et le cœur léger. C’était génial. Je reviendrais bien avec Titi, (et Marc ?) pour aller un peu plus loin et prolonger ce bon moment.

Un grand merci à Michel pour sa gentillesse, sa passion partagée et sa patience.
Un grand merci à Sylvie pour son accueil, son café et ses gâteaux.
Un grand merci à Françoise et Dominique pour ce super cadeau.
Et merci à ma femme chérie, qui m’a laisser partir tout le weekend.

Bibliographie, ou plutôt Webographie :

– C’est quoi un Pic Epeiche ? https://fr.wikipedia.org/wiki/Pic_%C3%A9peiche
– L’Atelier du Pic Epeiche : http://www.atelierdupic-epeiche.com/ chez Michel Gallou.

– Vous trouverez facilement des dizaines de vidéos YouTube présentant du tournage sur bois.
C’est très sympa. Celui que je préfère pour apprendre. (En français du Québec)
c’est Marc Dubuc
– Quels bois tourner : Europe :
………………………..……Exotique :

– Parmi les tourneurs réputés dans le monde :

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Marc

Admin et auteur chez BackToTheClassics
Créateur et Auteur de BackToTheClassics.com,
Je suis à la recherche de choses a faire avec mes mains, amateur d'informatique, de musique, de bricolage, de cuisine et de bidouillages en tout genre.
J'aime beaucoup les lames (couteaux, rasoirs) et je m’intéresse beaucoup à la manière dont sont faites les choses (préparations, artisanat...).

Sinon professionnellement je suis consultant fonctionnel en Systèmes d'informations, et accessoirement, je suis guitariste, chanteur, et amateur de soirées entre amis.
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